Extrait
de la déclaration d'Elie Domota
du
LKP,
le dimanche 1er février 2009
- au WTC Jarry
par
la rédaction de Montray Kreyol
Rappel
du contexte :
Le mercredi 28 janvier 2008,
lors des négociations entre le collectif Lyannaj
Kont Pwofitasyon, les élus, les représentants
des socio professionnels et l’encadrement de l’Etat,
le préfet quitte les négociations. L’ambiance
est lourde.
Monsieur Willy ANGELE, président du MEDEF Guadeloupe
affirme qu’il est prêt à travailler
sur un projet de territoire s’il le faut, il exprime,
à travers son expérience de Mai 1967, son
aversion pour les débordements violents et ne veut
pas voir son pays se déchirer comme le firent les
Tutsis et les Hutus.
"Je tiens à réagir au propos concernant
les hutus et tutsis. Je salue Monsieur ARCONTE, directeur
du Travail qui est resté dans cette réunion,
je ne sais pas s’il est Hutu ou Tutsi.
Tout simplement pour affirmer monsieur ANGELE (patron
du MEDEF Guadeloupe), que nous ne pouvons nier que vous,
madame KOURY (présidente de la Chambre de Commerce
et d’Industrie de Pointe-A-Pitre) M. PAYEN (membre
du Comité Economique et Social) soyez des guadeloupéens,
ce n’est pas notre propos. Ce que nous affirmons
est que la société guadeloupéenne
s’est construite sur des rapports de race et de
classe depuis 400 ans. Aujourd’hui dans la pyramide,
le pouvoir correspond à une couleur, on vient de
le constater (les représentants de l’Etat
ont quitté les négociations).
En Guadeloupe actuellement, au sommet de la pyramide,
on retrouve les blancs et les européens, au bas
de l’échelle se situent les nègres
et les indiens, c’est un constat. On nous
parle de paix sociale ! La paix sociale ne peut exister
dans un pays quand la majorité de ses enfants est
exclue du travail, est exclue du savoir, est exclue des
responsabilités (…) Aujourd’hui,
en analysant les 50 plus grandes entreprises en Guadeloupe,
leurs cadres ne sont pas des guadeloupéens d’origine
africaine ou indienne, c’est la vérité
! En observant les administrations, les services de l’Etat,
les chefs de services et les cadres ne sont pas majoritairement
des guadeloupéens d’origine africaine ou
indienne !
Dire le contraire, c’est mentir, c’est la
vérité !
Quels sont les services que les guadeloupéens
d’origine africaine et indienne gèrent en
Guadeloupe ?
Ce sont les services qui relèvent de la gestion
de la misère ! La CMU (la Couverture Maladie Universelle),
monsieur YACOU, le RMI (le Revenu Minimum d’Insertion)
monsieur LUBETH, le pôle emploi ANPE-ASSEDIC monsieur
DUMURIER, la CAF et l’API (l’Allocation Parent
Isolé) monsieur SAINT-CLEMENT. Les guadeloupéens
d’origine africaine et indienne gèrent la
misère des guadeloupéens ! Dans tous les
autres services de l’Etat qui exercent un pouvoir,
tant dans leur direction que dans leur staff d’encadrement,
on ne trouve pas de guadeloupéens d’origine
africaine ou indienne !
Bien évidement, on nous parle de formation, c’est
faux archi faux !
Nous connaissons des diplômés « à
la tonne », ils ne travaillent pas en Guadeloupe!
Dernièrement, j’ai reçu une jeune
femme diplômée en ressources humaines qui
postulait sur un poste à Air France ; on lui a
proposé un poste d’hôtesse de l’air.
Sur ce poste a été recrutée une personne
venant de France avec moins de diplômes qu’elle
!
Nous l’interprétons ainsi, des questions
de couleur de peau, la réalité telle que
nous la percevons. En France, concernant les offres marchandes
dans le secteur privé, 6% des ces offres sont gérées
par l’intérim et les cabinets de consultants.
En Guadeloupe 50% des ces offres sont gérées
par ce secteur ! Et qui dirigent ces cabinets d’intérim
et de consultants ? Qui y travaillent ? Ce ne sont pas
majoritairement des guadeloupéens d’origine
africaine et indienne !
Aujourd’hui en Guadeloupe, on embauche du personnel
sous le sigle BBR ! Un bleu blanc rouge ! J’ai travaillé
en France, il m’a été demandé
d’embaucher un BBR, un 01 codification informatique
01 signifiant « nationalité française
» ! Ou un vrai 01 signifiant un français
blanc ! Voilà ce qui se passe sur la discrimination
raciale à l’embauche. Cela explique pourquoi
de jeunes diplômés guadeloupéens et
martiniquais ont déjà mis en ligne plusieurs
blogs dont http://antildiscrim.skyrock.com
où ils expriment ce qui leur arrive, la victimisation
dans le système !
C’est la vérité, la Guadeloupe
a été construite sur des rapports de classe
et de race qui perdurent depuis 400 ans !
Le système de la plantation a été
maintenu, prenons des exemples monsieur ANGELE. Prenons
des entreprises comme CARREFOUR, MR BRICOLAGE, est ce
que la photographie de leur encadrement correspond à
la réalité ethnique de la Guadeloupe, à
la réalité sociale ?
NON et NON !
C’est une évidence !
Face à cette situation, nous affirmons pour répondre
à votre remarque sur les Tutsis et Hutus, que nous
ne sommes pas du tout dans ce schéma, nous ne contestons
pas que vous soyez guadeloupéen tout comme monsieur
PAYEN, sinon on se mettra à contester le caractère
guadeloupéen de n’importe qui ! Nous l’affirmons
de nouveau, la paix sociale ne peut exister dans un pays
quand la majorité d’un peuple est exclue
! Et aujourd’hui en Guadeloupe, 99,99% des chômeurs
sont des guadeloupéens d’origine africaine
et indienne !
Prenons encore des exemples, à Jarry, des commerces
qui ont ouverts récemment comme Décathlon,
Kiabi, Casino. Je travaille à l’ANPE, qui
était chargée de réaliser le recrutement
de Décathlon.
Nous avons travaillé à la sélection,
aux offres d’emploi comme il le fallait. Par la
suite, un cabinet de consultants payé par le groupe
HAYOT a « nettoyé » le travail, ensuite
le personnel est venu de Paris ! Je suis persuadé
qu’en visitant ce magasin n’importe qui a
été interpellé, nous n’interdisons
à personne de travailler, mais le fait est qu’il
est surprenant d’embaucher un personnel venant de
PARIS pour être caissière à Pointe-A-pitre
! Lorsque nous posons ce problème, on nous taxe
de racisme ! Nous résidons dans un pays
de 1600 km2, 460 000 habitants, 60 000 chômeurs,
nous avons avec la Guyane le plus important taux de chômage
! Nous avons vu récemment un courrier de monsieur
VION (hôtelier) affirmant qu’on soit de la
Creuse, de la Guadeloupe, de la Corrèze ou de la
Normandie on est français.
Ce n’est pas aussi simple monsieur VION !
Comment voulez vous que la paix sociale existe
en Guadeloupe si les guadeloupéens ne peuvent pas
y travailler ! J’ai eu l’occasion
de vous rencontrer madame Jeanny Marc (maire de Deshaies,
député de la 3è circonscription)
sur ces questions concernant particulièrement l’hôtel
Fort Royal.
Un jour est arrivée à l’ANPE une offre
d’emploi pour l’embauche de 40 personnes ayant
comme tâches de couper de l’herbe, laver la
vaisselle, nettoyer les chambres, faire les lits, porter
les bagages, avec comme contrainte « anglais lu
parlé et écrit obligatoire ! » Cela
signifie que si nos enfants formés au lycée
hôtelier avec un niveau bac+2 ou bac+3 parlent anglais
couramment, c’est cela leur destinée que
de laver la vaisselle dans un hôtel à Deshaies
? Nous avons de nombreux jeunes diplômés
en Guadeloupe qui sont obligés de procéder
à l’ensachage de clous dans des entreprises
à Jarry ou réalisent des sandwichs dans
des fast-foods ! C’est cela qui leur arrive car
ils refusent de partir et de quitter leur pays espérant
à terme trouver un job ! D’autres par contre,
partent, prennent l’avion ! Une fois arrivés
par exemple en Allemagne ou ailleurs, c’est fini
: ils ne reviendront qu’en vacances, un fois peut
être, ils fonderont une famille, leurs enfants seront
allemands, australiens ou autre et c’est ainsi que
la Guadeloupe perd ses forces vives !
Le processus que nous venons de décrire concernant
l’hôtel Fort Royal est très subtil,
vous le savez bien monsieur ARCONTE : dès qu’une
offre d’emploi a été déposée
dans le service public de l’emploi et que cette
offre n’a pas été satisfaite dans
un délai de 30 jours, car pour cette offre on n’aurait
trouvé personne en Guadeloupe, dans ce cas la législation
permet d’opérer « l’introduction
de main d’oeuvre étrangère »
! C’est ainsi que tout naturellement 45
suédois ont pris les postes dans un hôtel
appartenant à la collectivité régionale
!!! Cela nous permet d’affirmer haut et fort qu’il
faut une priorité d’embauche aux guadeloupéens
en Guadeloupe ! Il faut que ce qui se passe au sommet
corresponde à la situation ethnique et sociologique
du pays !
Cela est la règle dans tous les pays !
Pourquoi aujourd’hui en France à partir de
ce qui s’est déroulé au Etats-Unis,
Christine KELLY a été nommée au CSA,
on a avec empressement nommé une préfète
d’origine Camerounaise sans même s’apercevoir
que madame PIERROT guadeloupéenne de Trois-Rivières
occupe depuis longtemps ce type de poste ! Ces questions
nous les posons sans haine de façon justement à
ne pas arriver à la haine !
Car si l’embrasement des banlieues a eu lieu il
y a 2 ans, c’était justement parce que ces
jeunes se sentant exclus affirmaient : « Nous sommes
français ! » De ce fait une série
de mesures furent appliquées, train pour l’emploi,
etc… Ici nous sommes toujours dans le même
système, un système construit sur des rapports
de classe et de race depuis 400 ans ! Nous ne reviendrons
pas sur les chiffres, nous sommes les premiers
concernant les jeunes filles mères, nous sommes
les premiers avec les guyanais pour le SIDA, nous sommes
les premiers dans nombre d’aspects négatifs
! Par contre dans le domaine sportif, lorsqu’il
s’agit du capitanat de l’équipe de
France de foot, réaliser des performances en athlétisme,
nous sommes demandés !
Au point pour nous d’intégrer les domaines
où nous sommes cantonnés ! Lilian THURAM
est un grand sportif mais tout nos enfants, seront-ils
des Lilian THURAM ? Seront-ils des Teddy RINER ? Non !
Cela signifie que tout nos enfants ont droit à
la réussite !
Quand j’étais petit, je lisais BLEK, YATACA,
ZAMBLA et AKIM ! Comme tous les jeunes de mon âge
! En grandissant, un adulte m’a interpellé
me déclarant :
«Domota,
quelque chose ne va pas : le héros, tout seul le
plus fort dans la fôret, commande tous les nègres,
tous les serpents, tous les gorilles, toutes les bêtes,
le seul blanc commande tout le monde ! »
Alors évidemment on se réfère au
héros !
Les héros des guadeloupéens aujourd’hui,
qui sont-ils ? Thierry HENRY, Lilian THURAM !
L’épanouissement, la réussite par
le sport sont des notions fondamentales !
Admettons que nos enfants ne peuvent avoir comme seuls
modèles Thierry HENRY et Lilian THURAM ! Il faut
que nos enfants aient comme modèle Nicolo, d’autres
personnes s’illustrant dans d’autres domaines,
il faut que nos enfants osent affirmer: « je voudrais
être un jour monsieur Météo ! »
Depuis 25 ans c’est toujours le même actuellement
M. R. MAZURIE ! Nous devons viser l’excellence
mais pour la Guadeloupe ! Nos enfants dans leur développement,
lorsqu’ils regardent la télévision
ne voient personne qui leur ressemble !
Dans les activités professionnelles, celui qui
symbolise la réussite ne nous ressemble pas ! Par
contre celui qui est dans la rue nous ressemble ! On
finira par intégrer si nous sommes croyants que
c’est une malédiction ! Rappelons nous lorsque
CHAM fut banni, « Tu seras l’esclave de tes
frères », n’est ce pas monsieur LUREL,
vous parliez de Dieu précédemment. CHAM
était l’esclave de JAPHET et de SEM. SEM
étant la lignée des sémites les juifs
et les arabes, JAPHET celle des blancs !
Depuis la nuit des temps était écrit que
les nègres seraient les esclaves des juifs des
blancs et des arabes ! Nous finirons par intégrer
cette soi-disant malédiction ! Ou bien nos enfants
finiront par se dire à quoi bon aller à
l’école, continuer à faires des études
d’agriculture, de toutes les façons nous
sommes au pied de la croix, restons dans la rue, prenons
les armes !
Voilà le modèle de société
vers lequel nous nous dirigeons, que nous devons condamner
combattre et nous mettre ensemble pour en changer le cours
et ne pas nous diriger vers une impasse !
Car nous dans cette assemblée, nous pouvons
penser que nous avons réussi notre parcours social
: j’ai 42 ans et 3 enfants ; je suis directeur adjoint
à l’ANPE. J’ai réussi quoi aujourd’hui
? Un parcours personnel ? Mais que laissons-nous pour
nos enfants ?
Un pays meurtri !
Nous avons eu la démonstration aujourd’hui
que nous devons prendre notre destin en main car la politique
publique de l’Etat français, ne répond
pas à nos exigences ! Monsieur LUREL, rassurez-vous,
nous ne sommes pas dans une démarche politicienne
car chaque fois que vous vous exprimez, vous êtes
toujours en train de régler les comptes avec d’autres
mais cela ne peut s’adresser à nous. Notre
démarche vise à régler les exigences
sociales prioritaires du peuple guadeloupéen en
souffrance aujourd’hui !
Ajoutons concernant les Hutus et les Tutsis et le respect
de la démocratie : le gouvernement Pétain
était légitime (s’adressant à
monsieur ANGELE), le code noir était légitime
(rectification de monsieur ANGELE : « Pas légitime,
légal »), pardon il était légal
; donc vous êtes pour la légalité.
C’est pour cela que j’affirme que tout a une
limite et que c’est donc le fait qui fait le droit
! Si nos ancêtres n’avaient pas estimé
que le Code Noir légal ne fût pas illégitime,
nous en serions toujours à l’esclavage !
Je voulais simplement apporter cette nuance pour
affirmer que ce n’est pas parce qu’un concept
est légal qu’il soit correct. Aussi
nous avons entendu les propositions de monsieur LUREL,
celles de monsieur GILOT, celles de madame Jeanny Marc.
Nous souhaitons travailler sur vos propositions et nous
vous serions gré de nous les faire parvenir par
écrit, de façon que nous puissions les étudier
nous aussi".